Santé au travail : pourquoi et comment faire une évaluation différenciée des risques

Au travail, les femmes et les hommes ne sont pas exposés aux mêmes risques – ou pas de la même façon. L'évaluation différenciée permet de mieux comprendre ces écarts pour mettre en place des actions de prévention adaptées.

Actualité - Publié le 19 mars 2026 - Modifié le 26 mars 2026

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évaluation différenciée risques professionnels

L’évaluation différenciée des risques professionnels : qu’est-ce que c’est ?

L’approche différenciée des risques s’inscrit dans la démarche de prévention menée par l’entreprise. Elle consiste à évaluer les risques professionnels dans le Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) en tenant compte des situations de travail des femmes et des hommes.

L'évaluation différenciée doit permettre de mieux prendre en compte les différences hommes femmes en matière d'exposition aux risques et d'impacts des risques.

Prendre en compte les différences femmes-hommes d’exposition aux risques

Parce que les femmes et les hommes n’occupent pas toujours les mêmes métiers et n’ont pas les mêmes parcours, ils ne sont pas exposés aux mêmes contraintes de travail ni aux mêmes risques – ou pas de la même manière.

Par exemple :
Du fait des métiers qu’elles occupent – essentiellement dans le secteur des services – les femmes sont particulièrement exposées aux contraintes suivantes : multitâches et interruptions fréquentes, autonomie restreinte, charge relationnelle ou organisationnelle, travail émotionnel, pression temporelle. Elles sont ainsi particulièrement exposées aux risques psychosociaux.

Les femmes disposent par ailleurs de moins de mobilité professionnelle ascendante dans leur parcours que les hommes quand elles occupent un emploi pénible ce qui les expose à l’usure professionnelle.

 

Les risques auxquels les femmes sont exposées dans les métiers ou les secteurs à prédominance féminine sont, par ailleurs, souvent invisibilisés, et font peu l’objet d’actions de prévention spécifiques.

Par exemple :
La charge physique et la charge psychologique liées au travail dans le secteur de la santé ou de la petite enfance sont souvent minimisées.

Crédits : Conditions de travail et mixité : quelles différences entre professions, et entre femmes et hommes ? Karine Briard, Dares - 09/2023

santé au travail femmes-hommes
Crédits : Conditions de travail et mixité : quelles différences entre professions, et entre femmes et hommes ? Karine Briard, Dares - 09/2023

Prendre en compte les écarts en matière d’impacts des risques

Taille, force musculaire, modalité de régulation thermique, capacité cardiovasculaire, fonctionnement hormonal... Les différences biologiques, physiologiques et morphologiques entre les femmes et les hommes expliquent, que dans un même métier ou à un même poste, les effets de certaines situations de travail ou de certains risques diffèrent selon le sexe

Par ailleurs, l'organisation du travail, la conception des postes et des outils, ainsi que les mesures de prévention et les équipements de protection sont historiquement pensés en référence à l’homme « moyen » (taille, capacité, force…). Les salariés dont les caractéristiques s’éloignent de cette norme peuvent être confrontés à des organisations de travail, équipement et mesures de préventions inadaptées. 

Par exemple :
Le port de charge, les risques chimiques ou CMR, le travail par températures chaudes ou froides, le travail de nuit, les rayonnements ionisants peuvent avoir des effets différents sur les femmes et les hommes.

Pourquoi faut-il mettre en œuvre une évaluation des risques différenciée ?

  • Les pratiques d’évaluation et de prévention des risques sont encore pensées majoritairement pour les secteurs ou métiers à prédominance masculine, dans lesquels les risques physiques ou dangers sont le plus « visibles ». Elles sous-évaluent les risques professionnels des emplois occupés par les femmes, notamment les risques psychosociaux.
  • Les données sur la progression de la sinistralité au travail des femmes – invitent à mieux prendre en compte les spécificités des femmes au travail pour progresser dans la prévention pour tous. C’est le cas, par exemple, du taux d’absentéisme qui croit depuis une dizaine d’années pour les femmes plus vite que celui des hommes.
  • Le Code du travail (article L. 4121.3) prévoit, depuis 2014, que l’évaluation des risques dans le DUERP doit prendre en compte « l’impact différencié à l’exposition aux risques en fonction du sexe ».
     

Évaluer les risques de façon différenciée, est-ce discriminatoire ?

L’approche différenciée n’est pas un exercice qui stigmatise ou essentialise les personnes. Mieux prendre en compte les risques auxquels sont exposés les femmes et les hommes dans le DUERP, permet d’adapter les mesures de prévention, d’enrichir le programme des actions de prévention (ou le Papripact) et à terme de réduire plus efficacement l’absentéisme, la sinistralité, et les taux d’inaptitude de toutes et tous.

Par exemple :
Limiter le port de charges à 15 kg (norme européenne) pour favoriser la mixité dans des métiers du BTP, est une mesure utile pour les femmes comme pour les hommes. Il en est de même pour l'ajustement des hauteurs de tables ou étagères, ou encore la limitation des agents ou procédés cancérogènes, mutagènes ou reprotoxiques (CMR) qui est au bénéfice de toutes et tous.

URL de Remote Video

Interview de Caroline Gadou, directrice générale de l’Anact, à l’occasion d’une conférence sur la santé des femmes au travail organisée par La Mutualité le 1er octobre 2025.

Comment mettre en œuvre l'évaluation différenciée des risques ?

L’approche différenciée de l’évaluation de risques ne repose pas sur une nouvelle méthode d’évaluation. Elle propose d'enrichir l’évaluation des risques « classique ».  

Les actions suivantes sont, par exemple, recommandées :

  • analyser les données de santé au travail (maladies, accidents, absentéisme, taux d’inaptitude, etc.) en faisant des comparaisons femmes-hommes, par unité de travail, métier, âge, etc.
  • s’assurer d'évaluer les risques en prenant en compte les situations de travail réelles
  • donner la parole, au cours de l’évaluation des risques,  aux personnes qui la prennent peu, s’intéresser, au cours des observations de terrain, à tous les services et métiers y compris à ceux dont on penserait a priori qu’ils sont peu contraignants,
  • accorder une attention particulière aux services, métiers à prédominance féminine, et aux services à prédominance masculine qui s’ouvrent aux femmes,
  • intégrer les facteurs de risques organisationnels liés aux violences sexistes et sexuelles (VSST).

Les étapes clés de l’évaluation différenciée des risques

1. Structurer la démarche, mobiliser les acteurs : préparer le pilotage de la démarche. Prévoir des groupes de travail représentant si possible le degré de mixité de l’entreprise. Définir des unités de travail représentant toutes les activités y compris les activités à prédominance féminine et masculine. Sensibiliser ou former aux enjeux de l’évaluation différenciée.
 

2. Préparer l’évaluation : prendre en compte le contexte de l’entreprise. Caractériser la population (âge, ancienneté, statut, mixité) selon les métiers. Récolter les données de sinistralité selon le sexe et par unité de travail.
 

3. Recenser et évaluer les risques avec les unités de travail : aborder les unités de travail sans a priori sur les niveaux de risques et de pénibilité. Analyser le travail réel avec les personnes concernées. S’assurer de prendre en compte les risques professionnels auxquels exposent les activités à prédominance féminine, avec une vigilance particulière sur les risques psychosociaux, les risques de VSST et les situations à risques en cas de grossesse.
 

4. Formaliser le DUERP : privilégier une présentation simple, claire et accessible à tous. Faire apparaître les résultats de l’analyse des données sexuées, du recensement et de l’évaluation des risques par unité de travail.
 

5. Définir et mettre en œuvre les actions de prévention : selon les priorités définies lors de l’évaluation des risques, identifier avec les personnes concernées les mesures à adopter pour enrichir le programme des actions de prévention pour prendre en compte l'évaluation différenciée, prévoir que les mesures pourront être ajustées.