Santé des femmes au travail : zoom sur six projets dans les secteurs commerce, transport et culture
Améliorer la santé des femmes au travail et lutter contre les VSST. C’est la feuille de route de 14 projets soutenus par l’Anact. Zoom sur six initiatives dans les secteurs commerce, culture et transport.
Actualités - Publié le 03 mars 2026 - Modifié le 05 mars 2026
Depuis plus de 20 ans, les indicateurs de santé au travail des femmes se dégradent (accidents du travail, maladies professionnelles, troubles musculosquelettiques, souffrance psychique, absentéisme), du fait d’une invisibilisation de leurs conditions de travail et d’organisations encore trop souvent pensées sur des normes masculines.
Améliorer la santé des femmes au travail est ainsi un enjeu à la fois social, économique et d’attractivité pour les entreprises et secteurs en tension.
Un appel à projets pour améliorer la santé des femmes au travail
Pour soutenir des démarches concrètes, l’Anact a lancé en avril 2025 un appel à projets du Fonds pour l’amélioration des conditions de travail (Fact). Sur 64 projets déposés, 14 ont été acceptés.
La grande majorité des projets combinent au moins deux des trois domaines d'action proposés par l’appel à projets : évaluation différenciée des risques professionnels selon le sexe, prévention primaire des violences sexistes et sexuelles au travail (VSST) et prévention de la désinsertion professionnelle liée à la santé reproductive.
Un comité de pilotage réunit régulièrement l’ensemble des porteurs de projets et début 2028 un séminaire de clôture rassemblera l’ensemble des parties prenantes pour croiser les résultats et en partager les enseignements.
« Ces projets abordent la santé des femmes au travail comme un prisme à partir duquel il devient possible de reconfigurer l’analyse des risques et de concevoir des organisations plus inclusives. Ils vont contribuer à rendre visibles des situations jusqu’ici peu documentées et éprouver la méthode à l’échelle d’un secteur. »
Zoom sur six initiatives sectorielles
Commerce et distribution
1. Opcommerce La Réunion
Action collective inter-professionnelle qui réunit quatre entreprises (grande distribution, bricolage, jardinerie, logistique). Le projet vise à identifier les bonnes pratiques en matière de prévention du risque de désinsertion lié aux enjeux de santé reproductive (endométriose, ménopause, etc.), en lien avec plusieurs acteurs territoriaux de la prévention et les services de prévention en santé au travail.
Transport de marchandises et transport sanitaire
2. Fédération nationale des ambulanciers privés (Fnap)
Cette action collective réunit un collectif de dix entreprises. Elles vont s'attacher à prévenir l’exposition aux VSST et notament lors des interventions extérieures. Les régulateurs vont être formés sur le sujet et un guide de prévention sectoriel sera diffusé. En impliquant les instituts de formation (Ifa), le projet sensibilise les futures professionnelles aux protocoles de retrait sécurisé dès l'entrée dans le métier. Il prévoit également une évaluation différenciée de l’exposition aux risques (port de charges, postures, tournées) pour favoriser la mixité professionnelle.
3. Association AFT Transport & Logistique
Le secteur Transport-Logistique est historiquement masculin. L’égalité professionnelle a fait l’objet d’un accord de branche (4 juin 2020) et reste un enjeu fort en matière de conditions de travail. Les femmes sont toujours peu nombreuses dans les effectifs et souvent confrontées à des risques spécifiques mal pris en compte. Pour améliorer la situation, l'AFT a réuni un collectif de six entreprises autour de l'évaluation différenciée des risques, dont les VSST, et l’identification des mesures de prévention primaire à déployer. Les outils produits seront présentés et mis à disposition de l’ensemble du secteur.
SanT&L (Santé des femmes au travail dans le Transport et la Logistique) - aft-dev.com
4. Coopérative Skravik
L'expérimentation portée dans le Finistère par cette coopérative de voiliers de travail combine évaluation différenciée des risques, adaptation des conditions de travail aux spécificités féminines et prévention des violences sexistes et sexuelles.
Travailler en mer impose une promiscuité et un isolement géographique qui peuvent exacerber les risques de violences. La coopérative souhaite déployer des outils et des mesures de prévention spécifiquement adaptés à la vie à bord. Le projet prévoit notamment d'aménager des espaces de vie pour garantir l'intimité et de mettre en place des circuits de signalement sécurisés, utilisables même en situation de navigation lointaine.
Culture et spectacle vivant
5. Théâtre du Châtelet
Cette démarche porte sur la prévention des risques psychosociaux et des agissements sexistes. L’institution d’Île-de-France va réaliser un diagnostic de terrain approfondi pour mesurer l’exposition des femmes aux violences sexistes et sexuelles (VSST) et analyser l'impact des hiérarchies culturelles sur la santé mentale au travail. Le théâtre va réviser son document unique (DUERP) en analysant les différences d’exposition femmes-hommes et transformer durablement ses pratiques managériales en réflechissant notament au rapport entre performance artistique et santé mentale au travail.
6. Fédération nationale des lieux de musiques actuelles (Fédélima)
Action collective qui mobilise sept structures dans cinq régions. Elles prévoient une évaluation différenciée des risques professionnels et des actions de prévention primaire des VSST. L’expérimentation prévoit de produire et tester des outils (grilles d’analyse, vade-mecum, canevas d’animation), avec l’intention de les partager ensuite avec l’ensemble du secteur culturel.
« Ces projets s'attaquent à un double défi : accompagner la mixité dans des univers historiquement masculins et lever le voile sur les risques invisibles des métiers à prédominance féminine. »
8 leviers d'action pour améliorer la santé de toutes et tous au travail
Pris ensemble, ces six projets sont inspirants. Ils dessinent aussi une méthode et des conditions pour se lancer :
- l'engagement de l'employeur ou de collectifs pluriels (entreprises, acteurs-ressources, services de santé au travail, partenaires territoriaux),
- l'implication des salariés et/ou leurs représentants dès la conception du projet,
- l'ancrage de la démarches dans les dispositifs existants (DUERP, plans de prévention, accords, formations...).
Les 8 leviers d'action pour améliorer la santé de toutes et tous au travail
- Produire des données sexuées en santé au travail pour rendre les risques visibles.
- Réaliser une évaluation différenciée des risques selon le sexe dans le DUERP (postes à prédominance féminine, grossesse, risque VSST) et enrichir le plan de prévention.
- Enrichir le plan de prévention et adapter l’organisation du travail pour diminuer l’exposition aux risques, notamment psychosociaux.
- Proposer des équipements, matériel, cadences qui prennent en compte les différences biologiques femmes-hommes.
- Développer la prévention primaire des VSST en identifiant les facteurs de risques, les postes exposés et en renforçant les ressources collectives en prévention.
- Développer des parcours professionnels limitant l’exposition à la pénibilité et à l’usure professionnelle – reconnaître comme pénibles des métiers à prédominance féminine.
- Développer des dispositifs de maintien en activité en s’appuyant sur les managers pour anticiper les risques de désinsertion : grossesse, endométriose, cancer.
- Mettre en place de manière concertée une organisation de travail et de temps de qualité (souplesse et horaires choisis, soutien télétravail, limitation des horaires atypiques, préservation de la vie privée).
Cet appel à projets a été rédigé en cohérence avec :
- le 4ème plan santé au travail 2021-2025
- le plan pour la prévention des accidents du travail graves et mortels 2022-2025
- le plan interministériel pour l’égalité entre les femmes et les hommes 2023-2027
Améliorer la santé des femmes au travail : le Fact subventionne 14 projets