Fortes chaleurs : « Il faut sortir de la logique de crise et anticiper ! »
Comment concilier continuité de l’activité et protection des salariés en période de fortes chaleurs ? Décryptage avec Vincent Mandinaud, chargé de mission à l’Anact.
Actualité - Publié le 30 juin 2026 - Modifié le 01 juillet 2026
Quels enseignements peut-on tirer en matière de conditions de travail des premières vagues de chaleurs inédites de 2026 ?
Il faut maintenant sortir de la logique de crise et anticiper ! Avec la répétition des vagues de chaleur, la réponse ne doit plus relever de la gestion d’urgence ou du « bon sens », c’est un sujet d’organisation du travail, de prévention des risques professionnels et de dialogue social.
Les entreprises doivent passer d’une logique réactive - distribuer de l’eau, rappeler les consignes, aménager ponctuellement les horaires - à une logique structurée et anticipatrice.
Une telle approche nécessite d’identifier les métiers exposés, les personnes vulnérables, d’évaluer les risques professionnels en situation réelle de travail, d’intégrer le risque « chaleur » dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) pour prévoir des scénarios d’organisation, former, mettre en place des mesures ajustées, etc.
« Les solutions les plus robustes sont celles qui sont discutées avec les salariés concernés, les représentants du personnel, les managers et les services de prévention. »
Qulles sont les autres pratiques à encourager ?
Une mesure unique ne fonctionne pas. Les pratiques efficaces consistent à combiner des mesures techniques, organisationnelles et humaines : créer de l’ombre et de la fraicheur en végétalisant les espaces extérieurs , limiter la chaleur dans les locaux et les rafraîchir, adapter les horaires de travail et l’activité elle-même - son organisation et les modalités de sa réalisation.
Il faut également permettre de mieux comprendre, informer et former sur les risques et leur prévention, ajuster les tenues vestimentaires et mettre à disposition de l’eau fraîche en quantité suffisante. Tout cela ne s’improvise pas.
Les solutions les plus robustes sont celles qui sont discutées avec les salariés concernés, les représentants du personnel, les managers et les services de prévention. Dans les temps qui viennent, le dialogue social aura un rôle à jouer pour définir des règles claires à mettre en œuvre lors des prochaines périodes de canicule : à partir de quels seuils adapter l’activité ? Qui décide ? Comment protéger les salariés, à commencer par les plus vulnérables ? De quelles façons articuler continuité d’activité et santé au travail ?
De nombreuses entreprises ont par exemple aménagé leurs horaires de travail...
Oui, dans les activités extérieures ou physiques, la question centrale est maintenant celle du temps de travail : commencer plus tôt, éviter les heures les plus chaudes, augmenter les pauses, adapter les cadences, voire suspendre certaines tâches.
Ces mesures ne s’appliquent pas d’un claquement de doigt. Elles doivent être anticipées et ajustées avec les personnes concernées. À défaut, elles soulèvent des tensions en interne et à l’externe. Par exemple, en matière de respect des délais, de coordination avec les clients, de nuisances pour les riverains ou encore de fatigue liée aux horaires décalés.
Qu’est-ce qui peut inciter les entreprises, mobilisées par de forts enjeux économiques, à s’engager dans ce travail d’anticipation ?
La canicule n’est pas seulement un risque sanitaire individuel, c’est aussi un facteur de désorganisation collective. Dans leur réflexion, les entreprises ont tout intérêt à intégrer les effets indirects de la chaleur : baisse de vigilance, fatigue, irritabilité, risques d’accident, tensions avec les usagers ou les clients, difficultés de garde d’enfants en cas de fermeture d’écoles ou de crèches
Compte tenu de la baisse de productivité associée à la chaleur, l’enjeu est aussi celui de la performance collective. Prévenir les risques en matière de chaleur au travail, ce n’est pas seulement éviter des accidents : c’est préserver la qualité du travail, la continuité de l’activité et la capacité des organisations à faire face à un climat qui change, et à contribuer à la cohésion sociale dans un climat qui se dégrade durablement.
Nous sommes dans un changement de régime climatique et devant un changement de régime de travail. À ce titre, les mesures d’adaptation aux fortes chaleurs, et aux autres événements extrêmes sont absolument nécessaires.
Mais elles seraient tout à fait insuffisantes si elles n’étaient pas complétées par deux autres types de mesures :
- des mesures d’atténuation visant à réduire drastiquement les activités émettrices de gaz à effet de serre en sortant de la dépendance aux énergies fossiles,
- des mesures d’accompagnement des entreprises et de leurs salariés pour les aider à contribuer positivement à ces nouvelles manières de produire et de travailler.
À télécharger
Canicule et santé au travail : prévenir les risques et protéger les salariés
Autodiagnostic Transition écologique, dialogue social et conditions de travail
Le site plus frais au travail
Ressources, solutions et témoignages d’employeurs pour préserver la santé et la sécurité des travailleurs.

Appel à projets « Travail et climat : adapter les activités de montagne, viticulture et zones d'eau avec les acteurs du territoire »
Transition écologique en agriculture : un projet pilote pour aider les fermes à s’adapter aux défis climatiques
Changements climatiques : « Le travail est la pierre angulaire des transitions »
Replay Transition écologique, quelle place pour les RH ?